Liberté de la presse : “L’indépendance des médias français est une utopie” selon Paul ANSKI

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Arnaud De Lauzon, à l’occasion de la sortie du roman de société “L’accusé de réception” aux éditions Edilivre Aparis, s’entretient longuement avec l’auteur seinomarin, Paul ANSKI.

Arnaud De Lauzon : Paul Anski, vous avez il y a peu publié « L’accusé de réception » aux éditions Edilivre. Pour une fiction, il s’agit là d’un roman bien réaliste. Toute ressemblance avec des faits ou des personnages réels n’est pas fortuite chez vous.

Le héros de votre roman, Mirmon, est un journaliste retraité perdu dans l’alcool. C’est entre les mains de ce justicier surprenant que tombent les preuves de trafics d’influence et autres « affaires » politico-diplomatico-financières orchestrées par des membres hauts placés de l’Etat français.

Il est fréquent de considérer que le monde des politiciens est fait d’intrigues, d’abus de biens sociaux, de commissions occultes, etc … Qu’en pensez-vous ? Le pouvoir suscite-t-il par nature le genre d’affaires que dénonce Mirmon dans votre roman ?

Paul ANSKI : La révolution française de 1789 se voulait rendre au peuple le pouvoir et qu’il soit exercé par lui-même, si l’on en croit Talleyrand. Ce ne fut finalement qu’un avortement dans la douleur. Les républiques et les démocraties prenant le relais n’ont été que des mots, de belles idéologies de façade conçues par les élites issues de la noblesse française dont le but était de se donner bonne conscience tout en protégeant subtilement ses intérêts des « gueux ». L’égalité des chances pour chaque citoyen, notamment en matière d’accès à l’instruction est, là aussi, une utopie comme le droit de chacun de se présenter à une quelconque élection. Si le candidat n’a que de pauvres moyens financiers, il n’aura que de pauvres suffrages. En France, principalement depuis 1958, l’accès au pouvoir passe obligatoirement par un parrainage orchestré par de véritables machines de guerre électorales alimentées par les grandes familles richissimes de France. Au sortir de la seconde guerre mondiale, force était de constater que l’armée n’avait pu les protéger. Il fallait donc mettre en place un autre système pour éviter pareils déboires. Ceux qui allaient désormais exercer publiquement le pouvoir ne seraient finalement que des marionnettes fabriquées, entre autres, dans « l’école formatrice des décideurs de demain », c’est-à-dire l’ENA. Leurs ficelles allaient donc être tirées par le pouvoir de l’argent et leurs dialogues s’écriraient en langue de bois. Au diable, la démocratie directe ! Confucius démontrait déjà en son époque que « lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté ».

Garder le pouvoir, s’en protéger sous son immunité c’est empêcher la liberté des autres. Et la Liberté d’hier comme celle d’aujourd’hui, celle du luxe d’être honnête ou malhonnête, intègre ou partial, n’est malheureusement pas un dû : c’est une valeur qui se paie très cher. La politique du 20ème siècle a été conçue sur le maintien, voire l’amplification, de la fracture sociale et tous les coups, que la morale réprouve, sont utilisés par ses acteurs, sans la moindre honte. Cette fracture ne trouve pas ses causes pour des raisons de crise économique mais pour des raisons de protection du grand capital. Au travers un film célèbre, Michel Audiard faisait dire à Gabin que « l’indemnisation d’un roi Nègre coûtait bien moins cher que de fabriquer un député ». C’est malheureusement toujours aussi vrai aujourd’hui et c’est ce qui explique toutes les affaires de corruptions, de trafics d’influence, etc… dont mon personnage principal, Mirmon, révèle au cours de son enquête.

ADL : Face à ces intrigues, le rôle du journaliste intègre est d’enquêter pour porter la vérité à la connaissance du public. Ce qui suppose l’indépendance des médias, l’absence de pressions, etc … Comment évaluez-vous la situation de la France à cet égard ? Vos connaissances vous permettent-elles d’établir des comparaisons avec d’autres pays ?

Paul ANSKI : Je n’ai jamais cru qu’un journaliste pouvait être intègre à l’exception de ceux qui relatent des rencontres sportives, quoi que ! Un journaliste scrute objectivement la vie et ses phénomènes. Qu’il les relate en fonction de son analyse personnelle et de la ligne éditoriale du tabloïd duquel il émarge, c’est normal. Car l’obliger à mettre son avis en veilleuse serait contraire à l’éthique du métier. Sa véritable vocation est celle d’avertir le public sur tel ou tel fait, d’en exprimer son point de vue en évitant de l’imposer. Le public doit se forger sa propre opinion et le journaliste s’emploie à lui apporter les meilleures illustrations. Dans mon roman, Mirmon s’efforce d’attiser la conscience de ses lecteurs et s’il utilise le biais d’un grand journal anglais pour y parvenir c’est justement parce que l’indépendance des médias français est aussi une utopie. Combien de quotidiens régionaux sont désormais propriétés de grandes banques ? Comme si un banquier se découvrait une nouvelle vocation ! On est bien loin des Zola, Hugo, Jaurès ou Demange. N’oublions pas que la carte d’identité du journaliste français est encore visée par la Préfecture ! Quelque part, on vit encore à l’heure de Vichy. Certes la presse française garde encore un soupçon de liberté d’expression par rapport à d’autres pays où bon nombre de confrères journalistes croupissent au fond de geôles pour avoir égratigné tel ou tel homme du pouvoir. Mais cette marge prend de plus en plus de plomb dans l’aile. On l’a vu récemment pour l’affaire Clearstream, par exemple.

ADL : A divers moments du récit, des indices vous associent à Mirmon. Votre propre expérience du journalisme semble être l’une des sources de cet ouvrage. Quelles en ont été les autres inspirations ?

Paul ANSKI : Il est évident que ma propre expérience dans ce métier m’a facilité la conception de ce roman dont l’essence même, curieusement, est tirée de mon second métier de conseil d’entreprise. C’est en intervenant aux côtés d’un Chef d’entreprise en difficulté que j’ai découvert la machination dont mon personnage Mirmon fait état.

ADL : Comment l’envie vous est-elle venue d’écrire ce roman, sur ce sujet bien précis ?

Est-ce pour vous un moyen de diffuser de l’information, de la conscience ?

Paul ANSKI : Comme beaucoup de français, je suis las que l’on me serve chaque soir la soupe de la grand’messe du 20 heures ou des émissions politiques dites « débat » qui ne sont finalement que des défilés de mannequins choisis sur une mise en scène de Jean-Michel Ribes. A bientôt la cinquantaine, et parce que j’ai une fille de douze ans, il m’apparaissait comme nécessaire de faire le point, sur ma vie d’abord et sur celle qu’on nous impose. Ressentant une sorte d’immobilisme comme l’ont subi plus encore nos parents et grands parents, « parce que c’est comme ça ! », j’ai voulu, au travers ce roman, tenter de réveiller les consciences et de condamner toute forme d’accusé de réception. Aujourd’hui, demain, il sera impératif de cesser de réceptionner, car ce n’est pas en offrant à manger à un malnutris que l’on éradique la famine, c’est en lui apprenant à cultiver son jardin que l’on y parvient.

ADL : Cet ouvrage n’est pas le premier pour vous. Vous avez récemment décidé de vous tourner vers l’écriture et de publier. Pourquoi ce choix ?

Paul ANSKI : Ainsi que vous l’avez compris, j’ai heureusement ou malheureusement encore beaucoup de choses à dire. Si l’on me connaît pour être intarissable en communauté, l’écriture est un bon moyen de m’exprimer posément et de parfaire ma réflexion. Je pense qu’en utilisant cette forme d’expression, toute prétention gardée, je peux éclairer mes concitoyens, leur venir en aide en quelque sorte car je constate au quotidien que, beaucoup d’entre eux, sont laissés pour compte, ignorés et finalement vivent dans une sorte d’isolement qui se limite à leur pas de porte.

ADL : Mon Petit Editeur, Edilivre, votre blog ; vous êtes résolument orienté vers le web. Comment évaluez-vous cette option ? Internet est-il aujourd’hui incontournable pour qui souhaite écrire ?

Paul ANSKI : Internet, voilà justement un magnifique outil de liberté, à la portée de tous, avec ses avantages et ses travers, bien sûr. Une source exceptionnelle, de savoir, de témoignages, d’expression bref de communication. C’est du réactif en temps réel, hors frontières, hors clivages et hors pressions. C’est l’encyclopédie du monde humain, c’est surtout l’homme mis à nu sans tabou. Tout y est, l’idiotie côtoie l’intelligence, la morale se mélange à la perversité, c’est une joyeuse orgie inavouable mais elle fait grand bien. C’est un peu le 68 de l’ère électronique, le confessionnal des frustrés et le berceau des talents qui s’ignorent. Effectivement pour toutes ces raisons, Internet est aujourd’hui incontournable.

ADL: Comment envisagez-vous l’avenir politique de la France d’ici 2012 ? (crise, poursuite des manifestations et des grèves, évolutions de l’opposition, tentative du parti au pouvoir de se maintenir ….)

Paul ANSKI : La France a un très bel avenir politique d’ici 2012 à condition que le citoyen se réveille pour bouter ses imposteurs. La crise mondiale va l’y aider naturellement et on peut lui faire confiance. La confiance, justement, ne pourrait être renouvelée à ceux qui ont prouvé, non seulement leur incapacité mais aussi leur mépris à l’endroit de leurs administrés. De plus, les vieilles méthodes politiques se meurent, petit à petit avec ceux qui les utilisent. Forcément avant 2012, de grandes obsèques nationales pour la Ve République auront lieu de concert avec celles des grands partis. La naissance de la Démocratie Nouvelle est probablement pour demain, je pense que c’est d’une implacable logique. Au travers votre question vous évoquez « les évolutions de l’opposition ». Si c’est du principal parti de gauche auquel vous faites allusion, cela fait depuis 1981 qu’il est en totale stagnation. Comme pour la droite traditionnelle, ce n’est pas avec de vieilles marmites que l’on fait de meilleures soupes. La vraie opposition, celle qui a de l’évolution devant elle, c’est celle qui souffre, c’est la France profonde, celle qui tous les jours prend sa carte alimentaire pour aller saluer bien bas Coluche. C’est la France qui jusqu’ici ne votait pas, c’est-à-dire 70% des électeurs inscrits qui attendent impatiemment l’émergence d’un des leurs pour leur montrer le bon chemin de l’isoloir, curieusement pour se réunir. Ce ne sera plus une opposition mais une majorité écrasante. Si vous aimez les mathématiques, puisque c’est une science vraie et démonstrative, comment peut-on expliquer qu’une minorité de richissimes puisse avoir la majorité du pouvoir ? Cherchez l’erreur !

 

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